Conférence   ||   19 juin   ||   de 18h15   ||   20h   ||   au Centre culturel Lucet Langenier.


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Conférencier :

Olivier Fontaine :

Docteur en Histoire et diplômé de l’Université de la Réunion


Conférence

La Réunion et les Réunionnais: une histoire singulière, différente de celle du reste de l'outre-mer français

Un essai, "pavé dans la mare". C'est ainsi que se présente l’ouvrage rédigé par Olivier Fontaine, Docteur en Histoire et diplômé de l’Université de la Réunion, intitulé "Histoire de la Réunion et des Réunionnais, quelques mises au point", sorti en septembre et fruit de 20 ans de recherches. L’auteur revient, dans un entretien, sur l’histoire de la colonisation dans notre île et sur l’introduction de l’esclavage.

Comment vous est venue l’idée de ce livre?  

Au fur et à mesure de mes recherches en Histoire, j’ai découvert un certain nombre de choses et au bout d’un moment j’avais une base d’information générale sur la thématique de l’histoire de la Réunion. Il y avait pas mal de choses à préciser. 

L’histoire de la Réunion a été placée à un moment donné dans un enjeu idéologique, on a un peu raconté tout et n’importe quoi et il s’agissait de dépoussiérer tout cela et revenir aux faits. 

Quelle est la thèse développée dans ce livre? 

Le fil conducteur de cet ouvrage est d’expliquer que la Réunion n’est pas une colonie et ne l’a jamais été. Cela ne correspond pas à ce que l’on appelle colonie aujourd’hui lorsque l’on parle de l’histoire de la colonisation. 

Le problème vient d’une confusion qui s’est glissée dans cette histoire de la Réunion et qui a pu servir les ressorts de l’idéologie. À la base, la Réunion n’a rien à voir avec une colonie du Second empire colonial français, à savoir les colonies nord-africaines par exemple. 

Dans ce cas, quelle est la définition d’une colonie au sens historique du terme? 

C’est un territoire sur lequel il y a déjà une population, qui est conquis militairement, par des traités, sur lequel un pays dominant s’installe et qui va organiser la colonie en fonction de ses intérêts. 

Il va y avoir surtout deux populations. La population du colonisateur et la population colonisée, avec des lois et des statuts différents. Il va y avoir une utilisation maximale du potentiel du territoire colonisé. 

Pourquoi utilise-t-on de manière courante le mot "colonie" lorsque l’on parle de la Réunion dans ce cas? 

Ce mot a d’abord eu un sens dans l’histoire et ce sens a changé avec l’histoire de la colonisation. Aujourd’hui, on ne retient que le second sens du terme qui est devenu péjoratif, de domination et d’exploitation des peuples. 

Or la Réunion, quand elle a été désignée comme colonie, cela correspondait au premier sens du terme. C’est un terme qui a un lien avec l’agriculture, avec la mise en exploitation des terres, avec une racine agricole. C’était un endroit où l’on implantait des populations et qui avait pour mission de mettre le territoire en valeur, de défricher, de planter. 

À l’époque du peuplement de la Réunion, la France a envoyé des colons en 1665. C’était des gens spécialement recrutés pour cette mission : des artisans et des petits paysans. En fait, les premiers habitants installés à la Réunion sont des colons parce qu’ils sont là pour ce but agricole. La Réunion va donc prendre la dénomination de colonie, avec cette idée-là. 

Elle va s’appeler colonie depuis le 17e siècle jusqu’au 20e siècle. Mais entre temps, le mot "colonie" va lui changer de sens et devenir péjoratif. 

Il va donc devenir tentant d’associer la Réunion, qui est déjà appelée colonie, avec les colonies du Second empire colonial français. 

Cette nuance a pourtant toute son importance dans le discours politique qui est prononcé aujourd'hui? 

Tout cela s’est mis en place au moment des décolonisations dans les années 1950, 1960. Le but était de faire passer la Réunion et donc la population réunionnaise pour une victime de la colonisation, à l’égale des Algériens, des Indochinois, des Camerounais et de pouvoir demander des réparations et prétendre à une autonomie. C’est donc devenu un enjeu idéologique et politique. 

Que dire donc aux jeunes Réunionnais qui entendent ces discours, popularisés aujourd’hui? 

Il faut lire, chercher à s’informer par eux-mêmes. Ce qui ressort, c’est que finalement, la Réunion a une histoire unique et c’est une très bonne nouvelle. Elle ne correspond pas à l’histoire des anciennes colonies, ni à celle des autres départements et territoires d’Outre-Mer. C’est une histoire unique dans l’histoire de France. C’est une nouvelle qui va à contresens du discours ambiant. 

On entend beaucoup la Réunion être comparée à la Guadeloupe, la Martinique, aux Antilles. Qu’est ce qui fait que la Réunion n’est pas comparable à ces autres départements? 

Le premier point vient du fait que la Réunion était une île déserte. Il n’y a pas eu de population détruite et dont la culture a été anéantie, ce qui n’est pas le cas aux Antilles, qui ont un lien avec ce passé colonial au second sens du terme colonie. 

Ensuite, le peuplement de la Réunion et son histoire sont très différents, au niveau de l’agriculture et des modalités de son peuplement. Et cela fait une grosse différence. 

Dès le départ, les colonies des Antilles ont été conçues pour produire des denrées coloniales pour le marché européen. Très tôt, elles vont exporter du sucre et du café. 

À la Réunion, ce n’est pas du tout cela. Au départ, ce ne sont pas des planteurs qui s’installent. On installe des colons à la Réunion car elle est sur la route des Indes. Ce sont donc des marchands de la Compagnie des Indes qui vont faire du commerce. La mise en valeur des terres ne les intéresse pas. 

La Réunion va être peuplée car elle est une escale à mi-parcours. Les premiers colons envoyés ici vont donc ravitailler les bateaux. On va essayer de faire produire à la Réunion des denrées exotiques mais cela ne va pas fonctionner. On va en fait y planter principalement du blé, du maïs, du grain et des cultures vivrières. La production de café et d’épices à destination de l'Europe restera secondaire et n’ira pas à l’exportation sur le marché européen. 

La France va, au début du 18e siècle, occuper l’île Maurice, qui est déserte et va devenir un port militaire et de commerce. À l’époque, la Réunion, Maurice, Rodrigues composent un seul territoire, cohérent dans son emménagement. La Réunion a pour fonction de nourrir et ravitailler ce port de Maurice et les troupes stationnées là-bas. Très tôt, la France affronte l’Angleterre et le conflit va aussi se dérouler en Inde. Les Mascareignes sont la base arrière de la France, un point très stratégique jusqu’en 1815. 

Dans l’esprit des gens, il y a un certain anachronisme. On ne peut pas appréhender des faits qui se sont déroulés il y a plusieurs siècles avec les connaissances et l’état d’esprit d’aujourd’hui.


Texte repris sur le site des amis de l'université

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